xannadu

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28 avril 2008

euthanasie3: bilan de l'existant.

fleurs_eutha
Euthanasie : bilan de l'existant

Avec cette formule un peu ampoulée, je pose la question simple de : l'euthanasie , finalement est ce que ça existe en France aujourd'hui?

Et la réponse et ... oui bien sur... Et je vous parle en connaissance de cause (no comment).

Comment cela se passe t il alors? Etant interdite, les cas que j'ai croisé ou dont j'ai entendu parler se sont passé d'abord à la demande de la famille, dans des cas spécifiques. Le medecin responsable (aidé de l'équipe!) décide alors d'accéder ou non à la demande et prévient posément toute l'équipe soignante. Une fois que tout le monde est prévenu et a donné son accord une date est fixée, la famille est prévenue et...

Quand tout se déroule comme ça en général il n'y a alors aucun problème... et pour tout dire c'est une pratique assez régulière même si les médias ne semblent se réveiller que périodiquement.

Alors finalement une loi est elle nécessaire? Ce système d'auto régulation  n'est il pas suffisant? N'a-t'il pas déjà prouvé son efficience?

Il est vrai que le fait d'agir "hors la loi" oblige tous les participants à réfléchir à leurs actes et à agir avec parcimonie et en connaissance de cause ce qui est un vrai plus... et évite les débordements
Cependant...

- Il laisse a n'importe qui ayant eu vent de la pratique le droit de balancer ses petits camarades... après coup (et dieu sait qu'une équipe soignante est grande et pleine  de  gens plus ou moins bienveillant ; pour info regardez ce qui s'est passé en Dordogne l'année dernière, le medecin accusé d'euthanasie a été balancée par une de ses collègue infirmière, ambiance...)

- Seul le medecin chef a toutes les clefs en mains et c'est à lui de choisir seul si oui ou non, il a les c... pour le faire.  Dis autrement, si vous tombez sur un medecin chef "pro life", vous êtes chocolat et il vous reste vos yeux pour pleurer.

- Le fait qu'un protocole officiel ne soit pas écrit laisse la porte ouverte a toutes les improvisations... les plus idiotes (en Dordogne l'injection letale s'est faite sans prévenir la famille "pour ne pas le faire souffrir" (!!))

Mais d'un autre coté, légaliser l'euthanasie ça veut dire quoi?

-Donner aux familles le droit de vie et mort sur les malades? Sur quels critères?

-Faire du droit de mourir un droit opposable? A qui?

... en bref l'euthanasie peut elle être un droit? Qui décide? Et sur quels critères?

Posté par xannadu à 12:19 - euthanasie - Commentaires [4] - Permalien [#]

16 avril 2008

euthanasie2: désir de mort...

Alors je commence ce dossier qui me questionne , qui me tient à cœur.  Je tente un truc: réfléchir par écrit à voix haute. Je vais peut être me planter, je vais peut être dire des conneries et je compte sur vous pour m'aider. C'est un sujet important pour tous et je trouve insupportable le traitement médiatique habituel. On essaye autre chose? Gentiment bien sur ;))

fleurs_eutha

Le désir de mort

Evidemment, vu de l'extérieur, quand on est en bonne santé et pas concerné par le problème cela a l'air bien simple : évidemment si je suis trop malade je me balance une balle dans la tête et on en parle plus, sauf que...

Sauf que devant le gouffre, quand on sent vraiment le vent du boulet, quand on a la carabine dans les mains, la question est bien plus complexe...

Or le problème avec la mort c'est qu'on a qu'une seule chance... quand le désir (même le désir de mort), lui, finalement va et vient de façon un peu étrange.

Car le désir de mort n'est finalement qu'un désir; alors comment évaluer sa profondeur ?
Je connais, j'ai connu des gens sincèrement persuadés à un moment de leur vie qu'ils voulaient mourir... Et qui n'y pensent plus du tout aujourd'hui.
Zut alors.
Je côtoie tous les jours des personnes âgées qui me répètent tous les jours que leur vie n'a plus aucun sens et qu'elle est trop longue mais qui, habitant au sixième n'ouvrent jamais la fenêtre pour s'envoler et s'inquiètent a chaque prise de sang à peine perturbée.
J'ai connu aussi des ados en pleine santé qui avaient décidé de mourir et que rien ni personne n'a pu retenir.
J'ai connu dernièrement un patient  qui était clairement condamné, avec qui j'ai beaucoup parlé mais qui a voulu tout de même être opéré une fois encore et qui est mort sur la table d'opération persuadé qu'il allait être sauvé. Son dernier  sms me disant a quel point il était  content de l'équipe qui le prenait en charge.
Un passant m'a retenu quand j'allais me jetter sous une voiture rue vital carles et je vous parle aujourd'hui.

Si on doit aider à mourir ceux dont la vie ne vaut plus la peine d'être vécue, doit on réanimer les suicidants?
Si on doit trier, sur quels critères? Savez vous que les "coups de feu", même gravement défigurés ont le taux de récidive les plus faible parmi les suicidants?

Alors vous allez me dire que je mélange tout, que l'euthanasie ça concerne des gens clairement condamnés et qui ne veulent plus vivre; vous pensez peut être que l'approche de la mort rend rationnel le patient et sa famille, moi pas. Heureusement les mourant sont aussi illogiques que les gens en bonne santé...

Alors que fait on?
Quelle échéance certaine (en médecine ou rien n'est certain!) rend définitivement recevable le désir de mort?
Qui décide?
Et pour qui?

Posté par xannadu à 08:39 - euthanasie - Commentaires [3] - Permalien [#]

15 avril 2008

euthanasie1: le droit et moi...

Alors je commence ce dossier qui me questionne , qui me tient à cœur.  Je tente un truc: réfléchir par écrit à voix haute. Je vais peut être me planter, je vais peut être dire des conneries et je compte sur vous pour m'aider. C'est un sujet important pour tous et je trouve insupportable le traitement médiatique habituel. On essaye autre chose? Gentiment bien sur ;))

fleurs_eutha

La loi et moi

J'ai voulu commencer par ce sujet car il me semble à la base de tout alors en gros la question est : l'état a-t-il le droit de m'empêcher de mourir? Ou dit autrement ne suis pas entièrement propriétaire de ma vie?

La pensée "libérale/libertaire" actuelle nous fait penser que si, citoyen libre et autonome l'état n'a pas a intervenir dans les moments ou je règle ma vie. Pourtant ce n'est pas si simple parce qu'a bien y réfléchir notre vie ne nous appartient pas entièrement et l'Etat dans lequel nous vivons a des droits sur elles.

L'idée de base d'un état c'est (il me semble!) qu'il donne des droits et qu'il attend un certain comportement , certains devoirs,en retour. Ceux qui refusent de s'y soumettre sont donc hors la loi, et certains hors la loi sont de plein droit tués; l'état reprenant ce qu'il avait pris.
C'est avec ce genre d'idée en tête que le suicide a longtemps été interdit en angletterre et que les suicidés reconnus étaient privés de tous leurs biens et tout leur clan était exclu du pays. A moins d'être reconnu comme fou ("felo de se" ou felon à soi même) au moment de l'acte. L'idée étant alors que la vie d'un homme appartient à son état et que tout suicide équivaut à une désertion donc a un déshonneur.

En parlant de désertion, un autre cas typique qui doit nous rappeler que notre vie ne nous appartient pas est bien sur la mobilisation générale, la guerre. Tous les membres d'un pays savent qu'en cas de besoin on pourra leur demander d'aller se faire sauter le caisson pour la patrie (et en 1914 des déserteurs furent passés par les armes).
Donc je pense que non, finalement notre vie/ notre mort ne nous appartient pas entièrement, dans nos pays démocratique elle est beaucoup à nous mais l'état a, de plein droit, un regard sur elle.
Oupsss.

Cependant n'oublions pas non plus que cet engagement moral entre l'individu et son état a aussi des bons coté; notamment parce que l'état se porte garant de notre sécurité et du maintien de notre vie (si ils n'étaient pas français pensez vous que sarko se soit bougé pour les otages; des centaines de chinois sont tués par leur pays tous les jours mais on tue un seul étranger et c'est l'émeute).

Donc pour moi il y a un échange assez clair entre l'état et l'individu, un contrat, un pacte (?) : je te protège mais tu me fais don de ta vie.

Evidemment on se demande alors quelles sont les limites de ce pacte?

En France aujourd'hui on sait que le suicide n'est plus répréhensible et que la peine de mort a été abolie il y a un peu plus de 20 ans; en posant cela l'état français s'est donc retiré le droit de tuer pour punir et a reconnu implicitement le droit a fuir une vie jugée "insupportable". 

Si on est très en forme on peut même se dire que la fin de conscription à encore un peu plus éloigné le devoir de donner sa vie du citoyen lambda.

Peu à peu l'état français s'est donc  replié sur la partie du pacte qui l'engage le plus : protéger la vie de ses citoyens... y compris (entre autre!) en donnant accès à un des système de soin le plus performants du monde... parce que la vie en France, c'est sacré (;) ).

Mais tout d'un coup déboule l'euthanasie.

Et l'euthanasie ce n'est pas rien; l'euthanasie ce n'est pas le suicide; l'euthanasie  c'est donner à quelques un le droit de tuer ceux dont on estime la vie insupportable; l'euthanasie c'est donc aller exactement à l'inverse de l'évolution de droit en France qui a toujours défendu bec et ongle la  vie de ces concitoyens... jusqu'à sa fin "naturelle".

Pour rester fidèle à ces  principes mais entendre les familles le droit français a alors inventé le droit d'abandon de soins (abstention thérapeutique) et/ou  le traitement de la douleur y compris a dose mortelle; façon habile de se contorsionner pour éviter de reculer philosophiquement en recreant le droit de tuer quelqu'un.

Et pour cause:  ce n'est pas rien tout de même ce droit! Pas rien de donner à une profession le "00" comme dans James Bond, c'est même le genre de sujet ou on a pas trop le droit à l'erreur... Et puis le donner à qui? Pour qui? ; qui peut se prévaloir de savoir avec certitude que la vie d'un autre ne vaut plus la peine d'être vécue? Quelle catégorie de concitoyens peut on tuer légalement?

 

Le dernier cas en date nous donne un exemple vraiment troublant: que voulait cette femme? Elle jugeait sa vie insupportable, était en capacité de se suicider mais demandait à l'état de le faire à sa place? Quelle réponse peut-on apporter à une demande aussi paradoxale que : je veux mourir mais je ne veux pas me tuer?

 

Cette femme a demandé a "mourir  dignement" mais que veut dire cette expression dans un pays où en gros l'overdose médicamenteuse est "permise"? Sincèrement  je ne vois pas ce qu'elle demandait, à part une organisation à domicile de son overdose médicamenteuse? Mais faut il changer la loi, faut-il ré-écrire la loi pour une simple question d'organisation de soins à domicile?

Pour être franc donner le droit de tuer à quelqu'un m'apparait un peu comme une boite de pandore, ou comme le sac d'Eole: même si nous croyons voir devant nous le but, en ouvrant une faille dans la loi n'allons nous pas revenir violemment en arrière, au temps ou l'on éliminait tous ceux dont la vie "ne valait pas la peine"?

 

Posté par xannadu à 08:36 - euthanasie - Commentaires [0] - Permalien [#]
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